CONTACTS ET INFOS
Fanfare enracinée, formation voyageuse, leur musique emprunte autant aux rythmes traditionnels béninois qu’aux héritages afro-américains, dans une fusion assumée, sans effet de manche. En cela, leur instrumentation repose sur une base de cuivres modernes (trompettes, trombones, sousaphone) et d’un ensemble percussif (tambours, cloches, voix) ancré dans les langages musicaux locaux.
Depuis plus de vingt-cinq ans, le groupe construit un itinéraire de scène en scène, de pays en pays, avec une présence régulière sur les circuits internationaux. En parallèle de ses tournées, il continue d’évoluer comme collectif, enrichissant son esthétique polyphonique au contact des contextes traversés. Le Gangbé s’affirme ainsi comme un corps sonore en mouvement, nourri par les allers-retours entre Afrique et diasporas, entre héritages transmis et formes en mutation.
Leur nouvel album, From Ouidah to Another World, prolonge cette dynamique de transversalité. Il se construit autour d’une évocation : celle du port de Ouidah, point de départ d’une histoire de déplacements, de ruptures et de réinventions. En prenant appui sur ce lieu symbolique, il cherche à questionner les circulations invisibles entre musiques africaines et anglo-saxonnes. Le projet suit le trajet des brass bands, nés à La Nouvelle-Orléans, portés par la mémoire africaine, puis ramenés au continent sous d’autres formes. Le Gangbé Brass Band inscrit sa pratique dans cette boucle, en tant que témoin de ces circulations culturelles dont il se fait aujourd’hui relais. Avec une volonté à relier les mémoires sonores diasporiques, tout en mettant en dialogue ce qui resté au-delà de ce qui est parti et ce qui a été acquis dans ce qui est revenu.
Dans cet album From Ouidah to Another World, chaque œuvre s’élabore comme un fragment de récit sonore, nourri de tensions, de pulsations, de langues et de phrasés portés par une respiration ample. Les percussions interviennent par strates, discrètes d’abord, puis de plus en plus ancrées, jusqu’à articuler un groove aussi entêtant que rythmique.
Ainsi, au fil des titres, la fanfare devient narratrice. La progression des morceaux échappe à la linéarité : elle fluctue, bifurque, suspend l’attente, relance le motif. Les souffles s’étirent, s’entrelacent, dessinent des vagues sonores où affleurent l’émotionnel, le pluriel et le mémoriel.
L’album s’inscrit donc dans la continuité d’un groupe qui n’a jamais cessé d’interroger ce qu’il joue, ni d’accueillir ce que la route lui donne. Dans cette perspective, From Ouidah to Another World propose une écoute attentive d’un ancrage dans un ici qui parle aussi des ailleurs.